Jacques-Henri Dreyfus (1844-1933)

Grand-rabbin de Belgique (1880-1891).

Fils du rabbin de Saverne, diplômé du premier degré rabbinique au Séminaire rabbinique de Paris où il fut élève de 1862 à 1868, Jacques-Henri Dreyfus débuta en 1874 par le poste de rabbin de Sedan. C’est dans ce lieu symbolique de la défaite française de 1870 qu’il se signala par de nombreux sermons empreints d’un patriotisme ardent. Il succéda ensuite au grand-rabbin Élie-Aristide Astruc en janvier 1880. Jacques-Henri Dreyfus conserva ce poste durant un peu plus de dix années avant d’occuper celui de grand-rabbin de Paris. Sa nomination à Paris  suscita une campagne de presse contre lui : malgré ses discours des années soixante-dix, et le fait qu’il opta pour la nationalité française après la défaite, on mit en doute son patriotisme sous prétexte qu’il avait été en poste à l’étranger et que son père était demeuré en Alsace après 1871. Après le départ du très li­béral Astruc et sous l’impulsion de son président Joseph Oppenheim, le Consistoire central israélite de Belgique s’était choisi, en 1881, un chef spirituel plus conservateur pour les communautés juives du pays. Un rabbin plus discret et moins engagé également que ne l’avait été son prédécesseur. La montée de l’antisémitisme politique en Allemagne puis en France , surtout après 1886, nourrirent la pensée de Jacques-Henri Dreyfus : son conservatisme était un repli sur soi ; son scepticisme contrastait nettement avec la foi positive de son prédéces­seur. De plus, la morale à laquelle il se référait était rigide et exigeante. Elle exaltait la piété et le sacrifice, le renoncement de soi et le mépris de la souffrance, c’est-à-dire de la persécution. Même si Dreyfus se revendiquait de l’école rabbinique française et donc du ju­daïsme moderne, émancipé, il lui semblait que l’avancée du matérialisme, et ses conséquences parmi les Juifs, ainsi que le renouveau des stéréotypes antijuifs sous une forme poli­tique sonnaient le glas de l’adhésion sans bornes à la mo­dernité et aux valeurs du siècle. On doit à Jacques-Henri Dreyfus de nombreux sermons, fondés sur le patriotisme et le respect de la tradition religieuse.

Abrégé de : Jean-Philippe Schreiber, Dictionnaire biographique des Juifs de Belgique. Figures du judaïsme belge XIXe-XXe siècles, De Boeck & Larcier, 2002, pp. 89-90.