Ernest Ginsburger (1876-1943)

Grand-rabbin de Belgique (1924-1931), historien.

Ancien élève de l’École rabbinique de France, bachelier en droit, Ernest Ginsburger fit également des études à l’École pratique des Hautes-Études de la Sorbonne. D’abord directeur des cours d’instruction religieuse au Consistoire de Paris, il devint ensuite grand-rabbin de Genève en 1908, poste qu’il occupa jusqu’en 1923. Quoique dégagé de toute obligation militaire, Ernest Ginsburger se porta volontaire comme aumônier israélite du 18e Corps d’armée français durant la guerre 1914-1918. Il y obtint entre autres décorations la croix de guerre pour son courage face à l’ennemi, participa à l’Œuvre de Secours aux Prisonniers français et fonda l’Œuvre israélite de Secours aux Prisonniers de Guerre. Il fut nommé au grand-rabbinat de Belgique en mai 1924. Ernest Ginsburger fut néanmoins contraint de démissionner de ses fonctions à la tête des communautés israélites de Belgique en décembre 1929, avant d’occuper le poste de Bayonne, au titre de grand-rabbin des départements des Basses-Pyrénées et des Landes. C’est dans le cadre de ces dernières fonctions qu’il négocia avec le gouvernement républicain espagnol afin que des réfugiés juifs du Reich puissent trouver asile dans les régions de l’Espagne tenues par les Républicains. Pendant la guerre, il adressa une énergique protestation aux autorités de Vichy contre la profanation de la synagogue de Bayonne. Il fut arrêté en mars 1942, apparemment après la découverte de documents antinazis à l’ambassade de France à Bruxelles. Il fut interné au camp de Compiègne, puis déporté en mars 1943, et ne revint pas de déportation.

Ernest Ginsburger fut durant son séjour genevois le représentant de l’Alliance israélite universelle et du Joint Foreign Committee du Jewish Board of Deputies et de l’Anglo-Jewish Association auprès de la Société des Nations et du Bureau International du Travail, ainsi que conseiller à la délégation turque de Lausanne. Écrivain, historien, on lui doit des études sur le manuscrit biblique de Leipzig, une histoire des Juifs de Frauenberg parue dans la Revue des Études Juives en 1903, une contribution à l’histoire des Juifs d’Alsace sous la Terreur, une histoire des Juifs du Carouge et du Léman, et la traduction en français de contes de Peretz et de Chalom Asch. On lui doit aussi Les Juifs de Belgique au XVIIIe siècle (Paris, 1932) et Le Comité de surveillance de Jean-Jacques Rousseau-Saint-Esprit les Bayonne (Paris, 1934), ainsi qu’une histoire des Juifs de Bayonne. Son Albert Ier et le judaïsme belge (Paris, 1934) évoque sa rencontre avec le souverain. Collaborateur de la Revue de s Études Juives, de l’Univers Israélite, du Jüdisches Wochenblatt et de l’Israelitisches Wochenblatt, il fut encore membre du conseil rabbinique de France.

Abrégé de : Jean-Philippe Schreiber, Dictionnaire biographique des Juifs en Belgique. figures du judaïsme belge, XIXe-XXe siècles, De Boeck & Larcier, 2002, pp. 124-125.