Eliakim Carmoly (1802-1875)

Grand-rabbin de Belgique (1832-1834) et orientaliste.

Eliakim Carmoly reçut son instruction talmudique à Colmar, en même temps qu’une solide formation profane. On peut supposer qu’il fit des études universitaires, puisque l’obligation de porter un titre universitaire figurait dans les conditions émises par le Consistoire central israélite de Belgique pour accéder au grand-rabbinat de Belgique. Après ses études, Eliakim Carmoly fut attaché au département des manuscrits de la Bibliothèque royale à Paris, où il fut en charge des manuscrits hébraïques. Il fut dès cette époque membre de l’Académie royale de Metz, de la Société royale des Sciences, Lettres et Arts de Nancy, de la Société asiatique de Paris, de la Société asiatique de Grande-Bretagne et d’Irlande, de la Société des Sciences médicales de la Moselle et de la Société des Antiquaires de Londres.

Eliakim Carmoly fut le premier grand-rabbin de la Belgique indépendante, élu le 18 mai 1832. À ce titre, il participa aux premières réformes du culte opérées dans la Communauté israélite de Bruxelles. En 1834 cependant, le désaccord croissant qui l’opposait à une partie de la communauté, pour ses opinions religieuses autant que pour des raisons personnelles, amenèrent les dirigeants du Consistoire à lui demander de démissionner de ses fonctions. Il demeura néanmoins à Bruxelles après son éviction du grand-rabbinat, inscrit comme négociant dans les registres de la population, jusqu’en 1839. À partir de 1835, il se consacra essentiellement à ses activités littéraires et scientifiques, Eliakim Carmoly se retira ensuite à Francfort sur le Main, où il organisa notamment le comité local de l’Alliance israélite universelle, mais c’est à Bruxelles qu’il publia sa Revue Orientale — trois volumes parus entre 1841 et 1844. Y figurent notamment son Essai sur l’histoire des Juifs en Belgique, première tentative en la matière qui inspira fortement celles d’Émile Ouverleaux, de Salomon Ullmann et d’Ernest Ginsburger plus tard et son étude sur l’histoire des médecins juifs, publiée également dans le Bulletin médical belge notamment. Il poursuivit par la suite son œuvre de traducteur de la littérature juive médiévale et collectionna des livres et des manuscrits hébraïques anciens. S’il fut par ailleurs reconnu par les érudits chrétiens, il suscita la méfiance des scientifiques de la Wissenschaft des Judentums. Les manuscrits rassemblés par Carmoly se trouvent dispersés aujourd’hui dans plusieurs fonds, à Oxford, Londres, Moscou et Jérusalem notamment.

Abrégé de : Jean-Philippe Schreiber, Dictionnaire biographique des Juifs de Belgique. Figures du judaïsme belge XIXe-XXe siècles, De Boeck&Larcier, 2002, pp. 74-75.